Leave no Trace

Tom a une quinzaine d’années, elle vit reclue au fonds des forêts du Parc National de l’Oregon, avec son vétéran de père, loin des autres, loin de la civilisation.

Dans une volonté de décroissance poussée à son paroxysme, dans un esprit de pur survivalisme, Will (Ben Foster) éduque seul sa fille (Thomasin Harcourt McKenzie) en composant entre culture générale au dessus de la moyenne, philosophie à la Thoreau, et maîtrise des techniques vitales de survie en milieu sauvage. Principale préoccupation de ce père déraciné : ne laisser aucune trace qui permettrait de se faire repérer.
Mais ils finissent par se faire chasser de leur campement clandestin par les services sociaux qui leur proposent un toit, un travail pour Will et une scolarisation à Tom.
Bien que toujours ensemble, la fusion du couple filial s’effiloche, lorsque Tom commence à prendre goût à la vie “normale”, celle qui rassemble les humains dans leurs échanges, leurs sentiment partagés, leurs luttes communes.

Will ne peut rester immobile, il doit reprendre la route, se remettre en marche. Ses vieux démons qui le hantent le poussent à fuir de nouveau. Il entraîne sa fille avec lui, parceque pour autant qu’il craint la présence de l’Autre, il ne peut imaginer vivre sans sa fille. Ils repartent dans les bois, malgré le froid de l’hiver qui pointe son doigt glacé sur ces deux âmes errantes.

C’est avec une très grande délicatesse que Debra Granik soulève pour nous les fougères qui cachent avec tant de discrétion l’amour passionnel qui unit ce père qui souffre et cette fille qui s’épanouit comme une fleur qui ne demande qu’à prendre enfin le soleil. Will porte son sac à dos comme il porte sa misère, ses souffrances et ses cauchemars. Plus ils s’enfoncent dans l’épaisseur de la forêt, plus Tom semble s’alléger. Elle sait le fardeau de son père, mais va finir par refuser de le porter pour lui. Il est temps pour elle de se libérer, de se détacher, pour lâcher : “Je n’ai pas les problèmes que tu as”. Le fruit est mûr et peut quitter sa branche.

Par ailleurs, le film, tiré d’une histoire vraie racontée dans le livre de Peter Rock, L’abandon, met également en lumière les laissés pour compte de l’Amérique profonde, ceux qui se sont retirés, par choix ou par dépit, de la communauté sociale prédéfinie par les dirigeants, les abîmés des conflits du Vietnam ou plus récemment du Moyen-Orient.

Beaucoup d’émotions tout au long de cette histoire bouleversante, qui prône par dessus tout la Liberté de chacun de vivre selon ses propres convictions, selon ses propres choix de réalisation personnelle.

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