Les Frères Sisters

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Eli Sisters (John C. Reilly) et Charlie Sisters (Joaquin Phoenix – Marie Madeleine, Don’t worry he won’t get to far on foot) sont deux redoutables tueurs à gages. Dans une Amérique des années 1850 en pleine ruée vers l’or, les deux frères font couler autant d’encre que de sang sur leur passage.

Avec un budget de 30 millions d’Euros, Jacques Audiart signe la réalisation la plus couteuse de son oeuvre et le premier western français. Pari réussi de se frotter au genre canonique hollywoodien, ce film marque un renouveau indéniable. La griffe du maître y est aussi présente que celle de l’ours qui balafre le cheval d’un deux héros, une nuit dans l’ouest sauvage.
Tout y est : une chevauchée picaresque de deux hommes confrontés à leur douloureux lien filial et leur nécessité vitale de s’en libérer pour grandir, une course vers l’ouest qui nous transporte sans difficulté dans les décors magnifiques de l’Oregon profonds aux côtes Californienne (bien que les tournages aient été réalisés en Espagne, comme le grand Sergio Leone), une intrigue à rebondissements inattendus…

Il y a le bon, la brute, mais le truand n’est pas si blâmable que ça. Hermann Kermit Warm est poursuivi par les deux tueurs à gages pour qu’il leur révèle, serait-ce sous la torture, sa fameuse formule chimique qui révèle l’or dans les rivière en le faisant naturellement briller dans la nuit. Mais Warm n’a en réalité qu’un seul but : amasser une fortune pour participer à la création d’une société idéale et humaniste dans les environs de Dallas, en contrepoint de l’injonction de l’individualisme prôné par la loi du plus fort.
On retrouve ainsi les thématiques chères au réalisateur de Un Prophète : devenir soi-même, se construire seul et à travers la fraternité et l’humanisme…

Tout comme leur nom semble l’annoncer, le couple formé par les deux frères est tout en image double et inversée. Il y a la fois en chacun des deux protagonistes une part de bon et de brute, un côté masculin-viril animé par la violence, le sexe et l’appât du gain, et une part féminine, touchée par la tendresse, le besoin de prendre soin de soi et la recherche de l’amour. Il s’oppose en l’inconscient de l’un et de l’autre une figure paternelle destructrice qui hante leurs pires cauchemars, et une image maternelle, qui accueille, qui protège et qui berce leurs plus doux fantasmes. Au-delà de la projection qu’il fait sur le binôme de cette antinomie paradoxalement complémentaire, Audiart réussit dans son film à synthétiser ce thème en un seul personnage incarné par Mayfield, homme-femme (on ne sait pas trop) maire de la ville qui porte son nom, adulé(e) par ses concitoyens.
Le symbole de la maternité masculine est porté de manière très archétypale par la ponte d’une araignée dans la bouche d’Eli alors qu’il s’est endormi. Il donnera naissance à un nid d’arachnides qu’il vomira à son réveil.

Les Frères Sisters est un film puissant, intimiste, magistralement orchestré sur plusieurs niveaux de lecture où chacun trouvera une pépite qui brille dans la salle obscure.

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