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Céramiste
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Saint-Bonnet-de-Mure, Rhône
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Depuis 2019
Notre relation au temps est intime et complexe. Chacun en fait l’expérience à sa manière, à son rythme, selon ses attentes ou ses regrets, ses espérances ou ses peurs. Nous devons toutefois composer avec ce temps qu’il nous est impossible de maîtriser. Il nous échappe, bien souvent. Il nous file entre les doigts lorsque l’on aimerait que les choses durent. Ou alors, il nous impose son éternité, quand on souffre trop. Notre appréciation du moment présent est sans cesse ballottée entre notre confrontation à épreuve de la persistance et notre acceptation libératrice de l’impermanence.
Esther de Ly s’est affranchie de tout cela. Ce temps qui passe et qui fait disparaître les choses tout autant que nos proches, elle s’en est fait un allié. À commencer par redonner vie au prénom de son arrière-grand-mère, Esther, qui est devenu son nom d’artiste aujourd’hui. Puis à travailler la matière brute, celle-là même qui a traversé le temps en se modifiant d’elle-même au fil des millénaires, pour l’incarner dans ses créations, pour faire naître ses œuvres. Esther de Ly est céramiste et modèle la terre comme le temps façonne nos existences.
Pendant vingt-six ans, Esther de Ly a été notaire. Si déjà elle avait en charge de graver dans le temps des actes, des faits, des décisions, des choix de vie, ses missions se voyaient de plus en plus contraintes. La compression des délais impartis, la dématérialisation des dossiers, les impératifs des chiffres l’ont éloignée du sens qu’elle voulait donner à son métier.
Alors pour échapper à toutes ces pressions, se ré-ancrer à la nature et répondre à une aspiration déjà bien présente, Ester de Ly s’offre quelques stages en immersion auprès de potiers, dans le Lubéron, à Saint-Quentin-la-Poterie, ou les Gorges du Verdon. Elle y apprend à tourner, à donner corps à un tas de terre inerte et à transcender la matière, d’un état à un autre.
Cette matière, qu’elle façonne du bout de ses doigts encore novices, lui souffle à l’oreille que ce tout ce qui est issu de la terre participe à un cycle de vie. Sa vie à elle, Esther de Ly le pressent alors, va entrer dans un nouveau cycle. Elle veut devenir potière.

Le potier, du bout des doigts, donne corps à la terre
Elle va se former auprès de l’école Créamik, près de Vannes, où elle part s’installer pour un an et demi. Avec d’autres reconvertis comme elle (ex boulanger, ingénieur, maître d’hôtel ou autre) on lui transmet un savoir-faire artisanal complet, qui va du tournage à l’émaillage, en passant par la conception de moules en plâtre, et bien sûr la cuisson. Elle y obtient un CAP « tournage », et revient à Lyon prête à développer sa nouvelle activité.
Une partie du sous-sol de la maison devient son atelier où elle commence ses recherches de formes, de matières, de couleurs. Comme toute approche créative, dégager et affirmer son style lui prend un peu de temps, mais très vite ses premières pièces voient le jour et enchantent ses proches.
Néanmoins, Esther de Ly a parfaitement conscience que pour vendre ses créations, et accessoirement pour en vivre, elle doit se montrer. À l’aise avec cet aspect commercial du métier, après quelques formations, elle se lance sur des marchés artisanaux locaux, des petites boutiques qui exposent ses pièces. En 2024, elle a ainsi pu se rendre visible, durant hui mois, dans une boutique éphémère de créateurs rue de la République à Lyon.
Ses rapprochements auprès de certains comités d’entreprises lui permettent également de proposer à la vente ses créations pendant les pauses déjeuner au sein même des lieux de travail.
Par ailleurs, Esther de Ly est fière de s’être investie bénévolement, depuis 2024, dans le conseil d’administration du Marché des Tupiniers du Vieux Lyon. Cette association, qui existe depuis 40 ans organise tous les ans en septembre, le deuxième plus gros marché de France réservé aux potiers. L’évènement réunit quelques cent vingt professionnels, et c’est l’occasion pour la jeune artiste d’échanger avec ses paires, de partager ses expériences, de s’engager pour la profession et de dynamiser sa motivation.
Laisser le temps au temps
Avant, Esther de Ly luttait contre le temps. Faire toujours plus et toujours plus vite, gagner du temps pour plus de productivité, de rentabilité, était son lot quotidien. Aujourd’hui, son métier lui impose le respect inconditionnel du temps. Elle peut toujours tenter d’accélérer les choses, mais certaines temporisations dans les process de fabrication sont incompressibles. L’hiver, il faudra attendre plus longtemps pour que les pièces sèchent à cœur avant de partir en cuisson. Enfournées trop tôt, le risque d’explosion est immense, et tenter d’ouvrir le four avant son refroidissement optimal créerait un choc thermique néfaste à la production. Le temps de cuisson lui-même doit être modifié selon les aléas météorologiques.
La céramiste maîtrise parfaitement ses outils et ses techniques, mais aucunement les paramètres qui entrent en jeu dans la notion des temps. Elle ne peut que composer avec eux, faire avec, ou sans, mais elle ne peut rien forcer.
J’aime vraiment cette contrainte du temps. C'est important pour moi de travailler avec ce respect-là du temps, qui me renvoie à la nature, aux saisons.

Esther de Ly et son tour
Bien que citadine et originaire du quartier de la Croix Rousse, Esther de Ly aime se rapprocher aussi souvent que possible de la nature, notamment lors de ses escapades régulières dans le Morbihan. Les matériaux bruts font d’ailleurs partie intégrante de ses créations. La terre, bien sûr, mais à laquelle elle peut ajouter des cendres de bois dans son émail, par exemple. Certaines pièces prennent parfois des formes végétales, en lien avec la saisonnalité.
La craie, le feldspath, le kaolin, le titane et l’étain peuvent également s’inviter régulièrement dans ses recherches d’émaux, afin d’en modifier les teintes ou de créer des effets de textures. La silice est bien sûr l'une de ses matières de prédilection, pour la dureté qu’elle va conférer à ses émaux, mais l’artiste s’amuse à y incorporer des oxydes de fer, de cobalt, de cuivre, qui vont apporter des jeux de couleurs après la cuisson.

Les tuiles d'essai pour des recherches de couleurs ou de matières
Des objets faits pour durer
On l’a oublié aujourd’hui, mais derrière chaque objet que nous achetons, il y un homme ou une femme qui a donné un peu de son temps et de son énergie. Dans la production et la consommation de masse, on ne voit que l’objet, son utilité (et encore…). On ne voit pas sa valeur intrinsèque, qui est souvent médiocre en réalité, mais celle qu’il va nous donner. Cet objet, fabriqué en quantité faramineuse, peut avoir parcouru parfois des milliers de kilomètres, être passé par une myriade d’intermédiaires, pour, une fois acheté, finir au bout de quelques mois dans l’oubli, au fond de nos placards déjà remplis à craquer.
A contrario, un artisan d’art crée, par essence, des pièces uniques ou fabriquées en très petites séries. Au-delà de son temps et son savoir-faire, il y met un peu de son cœur aussi. C’est le choix d’Esther de Ly, qui offre à ses clients la possibilité d’acquérir une pièce dont ils ont conscience de la valeur intime, et vont en prendre soin. Des objets que l’on a envie de garder, de mettre en avant juste pour leur beauté, ou pour honorer celui ou celle qui les ont créés. Encore une fois, l’échelle du temps n’est pas la même selon la manière dont un objet est fabriqué, acheté, et conservé.
L’univers créatif d’Esther de Ly est né des valeurs qu’elle souhaite partager aujourd’hui avec le plus grand nombre. Créer pour soi, s’exprimer à travers son art, certes, mais aussi créer pour les autres. C’est un médium essentiel qui permet d’initier une certaine forme d’élévation de conscience, tout en « replaçant les choses ». Elle entend par là inviter chacun à prendre conscience de sa juste place, dans le temps et dans l’espace.
Aussi, les céramiques d’Esther de Ly sont empruntes de sérénité. Elles reposent l’esprit lorsque, du bout des doigts, l’on perçoit l’effet de texture que l’artiste a su créer avec ce subtil guillochis. Le regard n’est jamais accroché par des couleurs trop vives ou une quelconque recherche de déstructuration, comme l’on peut rencontrer parfois ailleurs, dans une volonté de modernité contemporaine. Cela ne représenterait pas le style résolument apaisant qu’Esther de Ly recherche à travers ses pièces.
Son inspiration trouve sa substance dans le lien qu’elle entretient avec la nature, le végétal, l’organique. Là où le temps n’a pas d’importance. Il est là, juste là, à l’instant présent, s’écoulant au fil des saisons. Elle sait, intimement, que la terre qu’elle transforme, qu’elle modèle, est faite de tout ce qui a été un jour vivant et n’est plus. Avec humilité, elle entre dans la danse du temps et le laisse donner le pas. Elle sait que la plus dure des céramiques ou le plus résistant des émaux ne seront rien contre lui.
Mais l’heure n’est plus au combat. Juste être là, ici et maintenant.
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Esther de Ly possède un site internet qui met en avant son travail, ses lieux de ventes, ses expositions. Il est accessible directement en cliquant ICI
Artiste Photographe - Ecrivain


































