Dom, modèle vivant

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En avril, ne te découvre pas d’un fil. En février, encore moins !

Par cette belle matinée encore bien loin du printemps, avec une température extérieure qui ne dépasse pas les 3 degrés, je suis en route en direction de l’École Émile Cohl, pour y passer Une Journée Avec… un homme pourtant totalement dévêtu. C’est en effet dans son plus simple appareil que mon personnage du jour y travaille. Dom est modèle vivant.

Le froid me pince les genoux et la selle chauffante de ma moto ne suffit pas à me faire oublier que, malgré ce magnifique soleil et le bleu azur dont le ciel s’est peint aujourd’hui, l’hiver n’est pas du tout fini. Je me caille les miches, comme on dit, et je ne peux m’empêcher de penser à celles de Dom qui seront à l’air toute la journée !

Dom m’attend devant l’impressionnante entrée d’Émile Cohl. L’école a acquis en 2016 8000 m2 de l’ancien site de Renault Véhicule Industriels pour rejoindre le Campus PROfessionnel Lyon/Auvergne Rhône-Alpes qui accueille 6500 élèves. Au-dessus d’une épaisse écharpe en laine chinée se dessine un large et chaleureux sourire, et la générosité flagrante de cet homme doux et sensible se fait immédiatement ressentir.

 

École Émile Cohl de Lyon
École Émile Cohl de Lyon

 

Nous pénétrons dans l’immense et lumineux hall d’entrée, où les œuvres des élèves, toutes années confondues, sont exposées avec fierté. Dom m’invite à le suivre, chacun un café à la main, pour nous rendre dans la salle où il va lui aussi s’exposer. Parmi une série d’écorchés et de sanguines que nous longeons, il me semble reconnaître une silhouette. Le chignon derrière la tête du personnage et les lunettes rapidement esquissés ne me trompent pas : c’est bien le corps longiligne de Dom qui est représenté sur les Raisins encadrés. Mon hôte, avec une humilité contenue mais sincère, me confirme mon intuition et semble être touché par le fait que je l’aie reconnu.

Nous filons directement au fond de la salle. Dans quelques minutes, il doit être prêt, en « tenue de travail ». J’avais un moment hésité à réaliser ce reportage plus tard, lorsque nous ne serions plus obligés de porter de masque, mais j’ai été amusé par l’idée de photographier mon personnage nu et uniquement « vêtu » d’un masque.

Il se réfugie derrière deux cloisons assemblées en angle sensées former une sorte de vestiaire sommaire. Il va passer de l’homme de la vie de tous les jours au look soigné et branché, à modèle nu. Plus tard, il m’expliquera pourquoi il ne se déshabille pas devant son public. À travers les panneaux de placo, il me raconte, avec sa jovialité toujours franche, que son fils lui avait dit un jour : « Papa, tu dors en en tenue de travail… »

Aujourd’hui, c’est un cours de sculpture pour les étudiants de première année. Ils se sont déjà rassemblés autour de Pierre-François Radice, leur prof, qui leur donne toutes les instructions nécessaires pour qu’à la fin de la journée ils aient réalisé un buste de 60 cm sans tête ni bras, et pour lequel Dom va leur servir de modèle. Il a rejoint le groupe, il n’a plus qu’un simple peignoir gris pour couvrir son corps svelte et tonique. Chacun rejoint son pupitre de travail. Dom, d’un élan sec et décidé, monte sur la sellette qui va dorénavant l’exposer aux regards scrutateurs des jeunes artistes en devenir. Sans prévenir, le peignoir tombe, et le corps du modèle vivant se fige, soudainement statufié. La longue journée de poses immobiles, souvent éprouvantes, au demeurant toujours naturelles, vient de commencer.

« Il faut avoir une grande vie intérieure pour arriver à quitter mentalement la salle », Dom m’expliquera plus tard. « Il faut trouver des subterfuges, comme compter le temps qui passe (le prof dit : « il vous reste 10 minutes » alors tu comptes 600, 599, …). Chacun a ses techniques : apprendre l’alphabet à l’envers par exemple… Moi, j’écris un peu dans ma tête, je fais des alexandrins. C’est souvent axé sur des jeux de mots ou des contraintes de mots (l’alexandrin c’est mon kiff). Je profite du temps pour créer mes contrepèteries… ».  Artiste dans l’âme, Dom s’est aussi fait une solide réputation dans le domaine de la contrepèterie. Il gère à ses heures perdues un site dédié, où chacun de ses délicieux aphorismes est accompagné d’une création graphique réalisée par un complice. « Il faut absolument arriver à s’évader parce que quand le prof annonce « il vous reste 40 minutes », t’as juste parfois envie d’hurler. »

Le style est plus ou moins imposé selon une posture globale, surtout pour les poses longues qui peuvent être assez contraignantes pour le corps. On demande alors au modèle d’être debout, assis, en torsion, un bras levé pendant de longues, très longues minutes… En revanche le modèle reste relativement libre de ce qu’il souhaite proposer pour les poses courtes.

 

Tenir ses poses de très longues minutes…

 

Pas de profil type, mais un physique et un mental d’acier

Selon Dom, tout le monde peut être modèle vivant. Tous les corps sont intéressants, mais la principale difficulté pour une personne qui souhaiterait s’essayer à cette activité est de savoir si elle est faite pour ça ou pas. Il faut bien sûr faire preuve de calme et de patience, mais cela ne suffit pas. La sollicitation du corps est parfois extrême, et certains postulants se rendent vite compte qu’il peut devenir compliqué de rester toute une journée statique, en gérant plus ou moins bien le temps qui passe, qui peut être parfois infiniment long.

« Je me souviens de deux filles venues un jour poser sur une journée complète à Émile Cohl. L’une, qui faisait de la boxe, est arrivée en « warrior » en se targuant d’être aguerrie aux sports de combats et convaincue de sa résistance physique mainte fois éprouvée. Elle a fini par aller vomir dans un lavabo de douleur. Elle n’avait pas supporté de rester comme ça dans une posture sans bouger debout pendant 1h1/2. Et l’autre fille, dès la première récréation, est allée prendre une douche en demandant « Mais comment vous faites pour tenir, c’est infernal ! ». En fait, ce n’est pas anodin pour le corps. Et encore, là, il ne s’agissait que du côté physique. Aujourd’hui, après 6 ans d’ancienneté dans le métier, le plus dur ça reste pour moi le temps qui passe, et surtout composer avec ce temps quand tu commences à avoir mal. Tu peux toujours bouger un petit peu. Dans « modèle vivant » il y a bien entendu « vivant ». On ne va pas te reprocher de bouger un peu tes cervicales, mais le plus difficile reste véritablement la gestion de la douleur, et du temps qui passe.

Somme toute, peu en font leur métier. Pour beaucoup, c’est un job d’appoint, notamment pour certains intermittents du spectacle. Parmi les collègues de Dom, on trouve un policier, un garde du corps, un employé de mairie polyvalent, qui pose lorsqu’il n’a personne à remplacer. Mais Dom en a fait sa profession. S’il a bien quelques collègues qui ont fait le même choix de vie, ils sont néanmoins très peu nombreux à vivre uniquement de leurs poses.

 

Comment es-tu devenu modèle ?

« Au départ, par mon réseau de connaissance, on m’a fait réaliser que les écoles recherchaient souvent des modèles. J’ai postulé, ma candidature a été retenue alors que je n’avais strictement aucune expérience dans le domaine. Sans trop me poser de question, j’ai essayé. La toute première fois, j’ai posé habillé à ESMOD, une école lyonnaise de mode, pour me dégrossir, et mon épouse, qui était alors enseignante à l’École de Design de Mode à Bellecour, m’a informé qu’ils cherchaient eux-aussi de nouveaux modèles. Je me souviens très bien de ce tout premier jour : c’était trois cours de trois heures d’anatomie, avec des poses à tenir de 1h debout, d’entrée de jeu ! Et là, je me suis dit « Qu’est-ce c’est que ce boulot de merde ? »

« Les premières fois, j’ai vu le Christ sur les murs ! »

Encore une fois, le plus difficile est surtout d’arriver à tenir la pose. Les premières fois que j’ai tenu une heure sans bouger, j’ai eu des visions : j’ai vu le Christ sur les murs ! Parfois, tu poses proche du mur. A Cohl, par exemple, lorsque tu poses sur tabouret de dos toute la journée, tu es à 50 cm du mur, avec tous les élèves derrière toi, pendant 6 heures. Et là il se passe beaucoup de choses dans ta tête… Mais passé ce moment-là, j’ai très vite réalisé à quel point j’y trouvais un apaisement, dans la mesure où pendant tout ce temps à poser, tu n’as plus de notifications, plus de coup de téléphone, personne ne vient te déranger. Tu es seul, c’est un moment de solitude où tu es dans le don de toi, et pour lequel on te remercie sans arrêt. Dans quel métier te remercie-t-on encore aujourd’hui en permanence ? C’est juste quelque chose de très rare aujourd’hui. Du coup, petit à petit, je me suis dit que c’était finalement chouette. »

 

Poser permet l’introspection et le lâcher-prise

 

La vision du corps au cœur d’un métier atypique

— Que faisais-tu avant de devenir modèle ?

— Auparavant, j’étais commercial dans l’importation de littérature en langue étrangère. J’y ai notamment découvert l’univers du dessin « jeunesse » qui m’a fasciné, tout en me donnant une belle ouverture sur le monde (on avait 26 langues au catalogue). J’ai pu me rendre compte à quel point le dessin, qui représente ce que l’on voit, peut être différent selon les langues, les cultures… Je fais aujourd’hui le lien avec mon corps qui est représenté à travers les créations qui en émanent. Ce corps, exposé à la vue de tout le monde pourrait être le même, perçu de manière identique. Mais selon les ressentis propres à chacun, peut-être aussi selon mon propre état de forme, les dessins qui en sont faits peuvent être très différents. Certes, on me reconnaîtra sur tous les dessins, mais chacun y aura mis sa patte, sa sensibilité, son art. Souvent, on s’identifie à travers le corps de l’autre. Par exemple, les gens plutôt enrobés vont m’arrondir un peu plus, les gens plutôt minces, vont m’amincir plus encore. On se met en miroir devant ce corps qui nous fait face. Ce n’est pas un bouquet de fleurs, c’est un être vivant avec tout ce que cela implique, tant sur le plan physiologique (respiration, le sang, …) que sur le plan émotionnel. C’est aussi parfois une plongée dans son propre vécu, sa propre histoire… Sans compter que l’on peut aussi juste se mettre à la place du modèle, qui est là, nu, au milieu de quarante personnes pendant toute une journée. Un prof disait à ses élèves débutants, que travailler avec un modèle vivant était très particulier en ce sens que tu as un lien au corps de l’autre qui n’est pas médical, qui n’est pas érotique, mais essentiellement reposant sur la bienveillance. »

 — La nudité, dans notre culture en tout cas, me semble être quelque chose que l’on offre. Peut-on s’attendre, justement, à une forme de gratitude du dessinateur ou du sculpteur à l’égard de son modèle ? L’artiste prend-il quelque chose d’intime que son modèle lui donne ?

C ’est effectivement une situation atypique. Dans le respect de cela, par exemple, lorsque les salles ont des ouvertures sur l’extérieur, on les masque alors qu’on est dans une école d’art. Mais lorsque l’on pose, on le fait pour les élèves, pas pour les gens qui pourraient passer. J’ai une collègue qui dit ça d’une manière très sensible et juste : « Je veux bien qu’on me dessine, mais je ne veux pas qu’on me regarde. ». Il lui était arrivé une fois de poser dans la salle d’une école dont la porte était restée ouverte. Et des gens des autres ateliers, qui étaient là pour du dessin d’objet ou autre, sont passés et se sont arrêtés pour la regarder. Elle s’est sentie très dérangée alors qu’au même moment elle était bien évidemment regardée par les dessinateurs pour qui elle posait. Les choses doivent être cloisonnées : tu es dessiné, pas regardé. »

 

La nudité sans gêne

Du côté des élèves

« À ma grande surprise, même à chaque rentrée scolaire avec de nouveaux élèves qui sortent tout juste du bac du haut de leurs 18 ans, et qui vont être confrontés pour la première fois à un modèle nu, j’ai toujours été stupéfait par leur bienveillance. J’ai n’ai jamais subi de ricanement, de propos ou de geste déplacé. Ils sont bien sûr extrêmement bien briefés par l’équipe enseignante. Se retrouver face à un corps nu est d’une telle puissance que de toute manière, l’esprit n’est pas à la fanfaronnade. Je me présente toujours en peignoir sur la sellette, et en une seconde je suis nu. Il n’y a pas d’étape où je me déshabille. Je passe de la personne au modèle, et d’un coup, l’élève se retrouve avec un corps nu devant lui. Ça peut être assez impressionnant, quel que soit le corps, le sexe. Certains peuvent avoir de petits tics nerveux, mais la moquerie n’a jamais lieu. J’ai eu l’occasion d’être une fois en position de celui qui dessine, et j’ai trouvé ça extrêmement puissant. Surtout, de se retrouver de l’autre côté de la barrière dans mon cas, et de voir un corps nu exposé, c’est assez fascinant. Nous sommes dans un cadre qui n’est pas celui de l’intimité du couple, c’est assez particulier, mais c’est très beau, quel que soit le corps.

Le corps du modèle est là pour être dessiné, sculpté, ou peint. Ça ramène à son propre corps, et à la vie. Il s’agit bien là d’un modèle vivant, où tout est dit. »

 

Un modèle est là pour être dessiné, pas regardé

 

Du côté du modèle

« Je n’ai jamais, même à mes débuts, ressenti de la gêne. Bien sûr, la première fois, ça fait « bizarre ». Tu ne sais pas où mettre tes mains, par exemple. Mais très rapidement, tu te rends compte que le plus difficile va être de tenir une pose longue, et la nudité devient complètement secondaire. Pour autant, je ne suis pas quelqu’un de spécialement adepte de naturisme. Même s’il m’arrive d’en faire de temps à autre, mais ce n’est pas quelque chose qui me plait plus que ça. Je n’arrive pas à savoir si je suis réellement pudique, même si je pense bien sûr avoir une certaine pudeur. C’est assez paradoxal, mais je me suis très vite senti à l’aise par rapport à la nudité. Encore une fois, c’est vraiment la gestion de la durée de la pose qui est le plus problématique, pour moi en tout cas.
Aussi, le fait d’être un homme implique qu’il est plus difficile de dissimuler ses parties génitales, alors qu’une femme peut décider de garder les jambes croisées par exemple. En tant que mec, on est de toute façon obligé de lâcher prise en amont, puisqu’on ne pourra pas cacher grand-chose. Mais je n’ai jamais eu de gêne à ce niveau-là. »

 

Un métier bien payé mais précaire

Les modèles sont pour la plupart des salariés sous contrats courts, des CDD d’usage, parfois pour une seule journée. Certains ont toutefois opté pour un statut d’indépendant qui leur permet de facturer leurs prestations. Dom, quant à lui, a préféré rester salarié. Il se libère ainsi l’esprit de soucis purement administratifs ou de gestion, d’autant plus qu’il fait partie des rares modèles à bénéficier d’un CDI avec une école. Même si cela ne représente que quelques heures hebdomadaires, il bénéficie ainsi d’un petit fixe à l’année qui réduit un peu le côté précaire de son activité. De fait, il n’est jamais à l’abri d’un changement de politique de recrutement au sein d’une école qui déciderait la fin d’une collaboration, sans que personne n’ait à se justifier. Cependant, en ce qui le concerne personnellement, le risque est minimisé par sa solide expérience et les excellentes relations qu’ils entretient avec les enseignants comme avec les élèves. Il est aujourd’hui reconnu et grandement apprécié pour son engagement professionnel.

En moyenne, et cela peut varier selon les écoles, l’heure est à une vingtaine d’euros brut, soit presque deux fois le SMIC. Au sein d’une même école, les modèles sont tous rémunérés de la même manière, que l’on soit vieux, jeune, filiforme ou de forte taille, homme ou femme. L’expérience ne joue pas non plus dans la rémunération.

Si le taux horaire est important, il inclut toutefois, du fait du contrat à durée déterminée (CDD), une prime de précarité et le paiement immédiat des congés payés. Pour ceux qui abordent cette activité en complément de revenus avec une dizaine d’heures de temps à autre, c’est un vrai plus à la fin du mois. Néanmoins, pour en faire son métier avec un vrai revenu comme Dom, il faut poser beaucoup, avec un investissement personnel en conséquence. Cela implique d’être partout et de répondre à beaucoup plus de demandes.

 

Défi et épanouissement

« Ça donne une grande confiance en soi, ne serait-ce que d’avoir réussi à tenir sa pose. On se sent fort chaque jour un peu plus. On se lance aussi des défis. Il m’arrive par exemple de me dire : « Essaye de faire en sorte qu’on ne voit pas ta respiration !» J’ai des collègues qui vont aller vraiment dans des postures extrêmement pénibles, parce qu’ils veulent vraiment donner le maximum d’eux-mêmes. Cette recherche va dans le sens d’avoir vraiment le sentiment de travailler, d’aller au-delà d’une simple posture, d’être dans le labeur. Je le fais moi aussi, notamment en anatomie. Lorsqu’il est décidé de travailler par exemple les bras, je vais alors prendre un bâton et garder un bras en l’air ou faire des postures un peu plus en force. Mais lorsqu’il s’agit d’une pose en peinture sur 6 heures, bien évidement je vais essayer de trouver une posture la plus naturelle possible. »

Dom est modèle depuis 2015, et totalise pas moins de 4000 heures de pose. Pour autant, son engouement pour cette activité inattendue ne s’est pas démenti tout au long de nos échanges. Il pose chaque jour avec la même envie, la même passion. Il m’a confié y puiser une énergie folle, et il compte bien poursuivre ainsi jusqu’à la retraite, voire au-delà.

Même s’il avoue que son métier est extrêmement fatiguant, il a l’impression de se sentir de plus en plus en forme, de plus en plus vivant.

 

 


Remerciements

  • Dom, pour sa gentillesse, sa confiance et le temps qu’il m’a consacré
  • Pierre-François Radice, Professeur de sculpture et modelage 3D, pour son accueil toute une journée au sein de son cours
  • Antoine Rivière, Directeur général de l’École Émile Cohl, pour l’autorisation de prises de vues
  • Les élèves de première année, pour leur accord d’être figurants anonymes d’un jour

 


Appel à témoins

Vous avez parmi votre entourage quelqu’un qui lui aussi exerce un métier atypique, s’adonne à une passion surprenante, ou dont l’engagement sociétal voire humaniste mérite qu’on en parle ? N’hésitez pas à me contacter pour m’en faire part ! Merci d’avance.

 

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