Falling

Falling

On le connaissait dans la peau d’Aragorn (Le Seigneur des Anneaux), son épée Anduril toujours à la main, sous les traits glaçants de Nikolaï (Les Promesses de l’Ombre) et bien sûr derrière le volant de la Cadillac verte qui conduit Don Shirley à travers le sud des Etats-Unis (Green Book).

C’est dorénavant une caméra que dirige Viggo Mortensen. Et quelle caméra ! Ce premier coup d’essai en tant que réalisateur est une vraie réussite. Une maîtrise de l’art qui n’a rien à envier aux plus grands, tant sur l’esthétisme de la photographie, des plans, que de l’insertion des  flashs-backs qui martèlent le film comme la mémoire défaillante d’un des personnages.

John Perterson et son père Willy sont deux hommes que tout sépare. Willy est un ancien fermier bourru qui vit seul reclus avec ses chevaux, loin de tout ; John est raffiné, il est devenu pilote de ligne et s’est installé avec son mari en Californie. L’un creuse sa tombe, l’autre cottoye les anges. Le père aurait voulu transmettre sa passion pour la chasse du gibier ; le fils aura fait de la chasse son premier métier, mais à bord de son F16 dans les rangs de l’US Air Force. Le vieux est un républicain indécrottable, à l’harangue acrimonieuse, exécrant tous ces impardonnables changements qui ont pourri son Amérique sacrée, les homos et les brûleurs le drapeau, maudissant son rejeton d’avoir voté pour ce nègre qui dirige aujourd’hui le pays. Seule la cicatrice que chacun porte sur son visage trahit un point commun entre les deux hommes, la marque du poing d’un père qui a marqué le visage de son fils lors d’un excès de colère incontrôlée.

Ce qui rapproche les deux personnages aujourd’hui, c’est la maladie de Willy. La vie a commencé à fuir entre ses doigts, comme sa mémoire de ses neurones. Le vieil homme ne se souvient de son passé que par bribes qui surgissent inopinément à sa conscience. Le crépuscule tombe petit à petit sur cet être meurtri, attisant une colère ancienne et profonde qui ne s’éteindra qu’à son dernier souffle. On regrettera peut-être un peu plus de profondeur dans le personnage acariâtre joué par Lance Henriksen, dont on soupçonne seulement les origines de cette hargne viscérale contre le monde entier. Viggo Mortensen évite néanmoins de la sorte de sombrer dans un pathos exagéré, qui aurait assurément plombé l’ambiance déjà lourde de ce film par moment.

Une très belle réussite pour ce premier long métrage et une reconversion sans doute prometteuse. À souligner également la qualité de la musique qui accompagne tout en mélancolie l’histoire et composée par Viggo Mortensen lui-même !

 

 

 

 

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